Rinjani Chapitre 2 : Le sommet

Cet article est issu d’une collaboration entre Aurélien Augé aka Roger et votre serviteur

2h du matin, le réveil sonne. Il est presque l’heure de se lancer vers le sommet.
Les filles nous ont prévenu hier qu’elles ne viendraient pas. En ce qui nous concerne, c’est au moment du réveil que l’on s’est définitivement décidé …

Un thé brulant et deux-trois biscottes plus tard, il est l’heure de partir. Au programme ce matin : 1 000 mètres de dénivelés dans un sens … puis dans l’autre. On vise un retour vers 7h pour prendre le petit déjeuner avec nos dames.

Notre camp est le plus éloignés du sommet, on traverse donc tous les autres en chemin. Les coréens suréquipés se préparent sereinement alors qu’on dépasse leurs tentes armés de nos frontales.

Rapidement sur la crête, on aperçoit quelques lumières en avant mais la majeure partie des marcheurs est derrière nous.

Une heure passe, on l’a déjà trouvée bien ardue. Le sentier change maintenant de visage : la pente se raidit, la terre laisse place au gravier volcanique. On entre dans le dur.
Les douces pentes vertes de part et d’autre du sentier se transforment en parois rocheuses et tombent à pic. La question au guide à 1000 points : « What happens if we fall ? » « Humm … Something like dying » Encourageant pour la suite …
[NDLR : chère maman, le sentier n’était pas si étroit].

La dernière heure et demi d’ascension est la pire, la pente est de plus en plus forte, le sol sableux rend la progression de plus en plus difficile. Pour deux pas en avant, on effectue l’équivalent d’un pas en arrière, c’est épuisant.
On dépasse les 3000m, il fait environ 4 degrés et les rafales de vent soulèvent le sable qu’on se prend en plein visage. Les intervalles entre nos pauses se réduisent. Comme la teneur de nos discussions : « C’est horrible » ; « Mais qu’est-ce qu’on fout là?! « .
En bonus la nuit nous prive de voir le sommet, impossible de s’encourager en se disant qu’il n’est plus si loin. On commence à regretter de s’être lancé ce matin. Au moins sans essayer, pas de risque d’abandon ni d’échec.

Le ciel commence à s’éclaircir, les premières lueurs du soleil font rougeoyer l’horizon. On se rend compte que le sommet est en fait tout proche, on y est presque ! Notre guide nous propose de nous abriter derrière le dernier rocher avant le sommet pour y faire un feu. S’abriter du vent en attendant le lever du soleil. Pas question de rater les belles lueurs rougeoyantes qui précèdent le soleil ; tant pis pour le feu, on passe notre chemin et finissons les derniers mètres de l’ascension.

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On trouve un spot encore vierge de trekkers et on commence à admirer notre environnement … Rien au-dessus de nos yeux et une vue imprenable à 360°. Devant nous l’horizon est rouge/orange, les nuages se colorent au fur et à mesure que le soleil se dévoile. Des rayons de lumière jaillissent de derrière les nuages et imprègnent le ciel de leurs couleurs.

Le soleil est levé, on se retourne pour voir la vue dans notre dos. L’ombre du sommet est projetée sur le lac de cratère et les plaines en contrebas. D’ici on dirait une pyramide tant cette ombre a une forme géométrique. La beauté de la vue est à la hauteur de l’effort. Je comprends enfin les sportifs qui justifient leurs efforts répétés dans la récompense en fin de parcours …

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Il est déjà l’heure de faire demi-tour. On reprend le chemin en sens inverse, cette fois à la lumière du jour. On court parfois dans le sable pour ménager nos genoux. On croise des randonneurs toujours en train de grimper. Certains montent à 4 pattes … Les pauvres, ils ont manqué le lever de soleil, sont sûrement à bout de forces, et ils voient tout le monde redescendre. Cadeau supplémentaire : chacun de nos pas en descente soulève du sable, au niveau de leur visage …

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On a tout donné dans la montée, on est arrivés à temps, la descente est une délivrance ! On dévale la pente, heureux comme des gosses. On rêve du petit déjeuner et on parie sur son contenu.
À notre droite on voit la mer, à notre gauche la caldeira et le centre du volcan qui fume… Quel spectacle !

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Ca y est on aperçoit le camp, nos femmes sont debout et nous accueillent en héros. Le petit déjeuner est prêt : toasts, pancakes et fruits : le luxe à l’état pur.

On déguste le festin assis face au cratère. Les genoux souffrent de la descente, les cuisses et mollets portent les stigmates de la montée. On se demande gentiment comment on va tenir les 6h de trek restant aujourd’hui …

With love, Rogemont et Vougemont

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9 réflexions sur “Rinjani Chapitre 2 : Le sommet

  1. Jean-Michel AUGE dit :

    Super les gars ! Il fallait le faire. Vous ne verrez pas beaucoup de choses aussi belles dans votre vie. Quant au sens que peut avoir l’effort dans certaines circonstances, inutile d’en rajouter, vous avez tout compris. Bravo encore !

  2. Cam dit :

    Bravo , rappelle toi thib de tes expériences chamoniards où tu détestais , tout change ‘
    L’effort a toujours une récompense dans n’importe quel domaine

  3. Clairon et Moule dit :

    Super cette ascension matinale. L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. C’est toujours aux premières lueurs du jour que les plus belles émotions se font ressentir,; c’est encore plus vrai en montagne. BOnne continuation à vous.

    • get_another_life dit :

      Merci les copains.
      Il fallait un article de sportif pour que vous commentiez 😉
      Bonne route à tous les deux. Et continuez les articles 🙂

  4. Flanchon dit :

    Chapeau bas les gars , vous avez réussi à me remémorer ma folle ascension dans l’Himalaya et cet effort surhumain que j’avais l’impression de vivre. Ces images sont dans ma tête à vie et je pense que vous n’oublierez jamais ce grand moment 🙂

    @Hélena : Au niveau de la motivation de type inexistante ? ;))

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