Rinjani Chapitre 1 : L’ascension


Après une semaine de repos, et quelques festivités dans les îles Gilis, nous voilà partis en direction de l’île de Lombok pour réaliser l’ascension tant redoutée du Mont Rinjani. Cette fois, ça ne plaisante plus, 3 jours de trekking, 6h par jour de mobilité intense et plus de 2 000 mètres de dénivelé positif à gravir.

Par quoi commencer. Peut-être par vous rappeler qu’au départ je n’avais pas du tout envie de grimper ce volcan ; enfin j’avais envie de participer à l’aventure, de dormir dans un cratère, et de voir de sublimes paysages, mais je n’avais pas vraiment envie de l’effort que ça représentait. J’aurais plutôt imaginé cette ascension en téléphérique avec une petite redescente en tyrolienne. Parfois il faut se faire violence, et bien entourée, c’est encore la meilleure façon de le faire.

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La première chose à faire est de préparer son sac. Comme il fait environ 35 degrés au pied du volcan, et zéro au sommet, la tentation d’emporter la totalité de sa garde-robe (ce qui reste très limité lorsqu’elle fait 10kg) est palpable. Cependant, l’idée de la porter jusqu’en haut vous rend tout de suite beaucoup plu économe et vous envisagez alors de prendre une culotte et un t-shirt ; de toute façon, il n’y a pas de douches dans le volcan. Mon petit côté frileux me fait d’opter pour la technique de l’oignon et emporte tout ce qui pourrait m’apporter un peu de chaleur et de réconfort. C’est-à-dire un pull en cachemire (tout à fait adapté à une ascension volcanique), et des crackers au fromage.

Une fois le paquetage empaqueté, nous partons avec nos guides et nos porteurs pour le départ du trek. Oublions le moment pré-trek où nous avons dû expulser une canadienne de notre groupe car elle me semblait beaucoup trop sportive pour se joindre à nous (elle possédait ses propres bâtons de marche).

Prêts, feu, partez ! Notre guide, dont les mollets font la taille d’une pastèque Monsanto, démarre sur les chapeaux de roues. Je le soupçonne de trottiner pour nous semer dès le départ. Je survis aux deux premières heures en me disant qu’après tout ce n’est pas si pentu et que j’ai peut-être une chance d’atteindre le campement de base avant la nuit. Ok je suis déjà couleur Bloody Mary, mais si Frodon l’a fait avec un petit gros, je peux le faire !

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Je me rends rapidement compte que c’était un leurre ! Les deux premières heures étaient une promenade de santé pour ancêtre en déambulateur face à ce qui nous attends. Sans doute une tactique fourbe de mes camarades pour me faire aller suffisamment loin pour que je ne puisse plus faire demi-tour … Un traquenard !

Un mur se dresse devant nous, cachant, colline après colline, le sommet inaccessible du mont. A ce moment-là, je comprends que ça va être au-delà de mes forces physiques (puisque je n’en ai pas), et qu’il va falloir que je puise ailleurs ! Je me concentre sur le positif : les crackers au fromage, la petite bière à l’arrivée (on l’a repérée dans le sac du guide) le moelleux de la tente et du duvet, le gras potentiel que je pourrais perdre pendant l’ascension… Tout ce qui peut me faire grimper y passe.

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Evidemment je ne peux de toute façon pas participer à la conversation du groupe, puisque je suis à mon essoufflement maximal, mais celle-ci me fait bien rire. Thib et Roger se prennent pour des volcanologues à l’accent alsacien et envisagent en cas d’éruption de descendre sur la lave en canoë en kevlar, Alex confectionne intellectuellement le sandwich le plus délicieux que l’on puisse imaginer et de mon côté j’imagine comment faire fortune en ouvrant un site de bijoux indiens.

Plus les heures passent, plus le mur se verticalise. Les chinois, bien qu’équipés de leurs plus beaux atours fluos et de leurs caméras à 3 000$ ne sont pas plus avancés que moi face à la pente. Heureusement leur souffrance me donne le dernier coup de boost pour les doubler et ainsi atteindre le campement sur les jointures.

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Pour nous récompenser de cet effort de type inhumain, nos hommes décident de nous faire un feu pendant que nos porteurs adorés nous préparent un délicieux mijot. Armés de leurs lampes frontales, ils nous ramènent quelques buches, sans doute souillées par des étrons humains post treks, pour démarer la flambée. Quelques minutes heures plus tard, grâce aux années de pèches de Thib et à la passion de Roger pour Koh Lanta, nous obtenons une petite flamme pour nous réchauffer pendant notre diner.

[Pour conserver la virilité de nos hommes, et éviter un incident diplomatique, je ne me permettrais pas d’indiquer que la bouteille d’essence apportée par notre voisin de tente n’ait pu en quoi que ce soit aider au démarrage du feu]

Une fois la tente à sommeil, et la tente à caca (véridique) installées, nous sombrons emmitouflés dans nos duvets en regardant les étoiles. C’est ainsi que se termina la première journée.

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5 réflexions sur “Rinjani Chapitre 1 : L’ascension

    • get_another_life dit :

      Oui mais pas par flemme du réveil, par peur d’ajouter encore 4-5 heures de marche à une journée déjà plutôt chargée

  1. Jean-Michel AUGE dit :

    La « tente à caca » s’appelait des « feuillées » de mon temps. Reste à savoir si cela est encore suffisamment évocateur et donc utile aux usagers de ce lieu si stratégique quand on se trouve en pleine nature…

    A part ce point de détail, les paysages sont somptueux; J’espère que la fatigue liée à l’effort physique ne vous a pas empêché d’en profiter.

  2. Cam dit :

    Ta prose nous manquait Hèlena . C’est magnifique qu’elle chance vous avez .
    La narration mélangée aux envies gustatives est toujours aussi succulent .
    Bises à vous

  3. Flanchon dit :

    Tellement d’accord sur les bâtons !!! hahaha . Merci pour cet article de type éruptif , j’attaque le chapitre 2 de suite ! ( oui j’ai un peu de retard ces dernières semaines…)

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