Pute Pute Pute

Je n’ai rien contre les putes.

Je me permets de le préciser en introduction, je n’ai jamais eu d’opinion particulière sur la prostitution, ou sur les prostituées.

C’est une pratique que j’ai vue de loin mais à laquelle je n’ai jamais été confrontée.
Bien sûr sur j’ai croisé des prostituées dans la rue, ou dans les vitrines d’Amsterdam, mais je ne me suis jamais vraiment posé de questions, car finalement, ça ne me concernait pas.
Même si c’est un peu lâche, on se pose toujours beaucoup moins de questions sur les choses qui ne nous concernent pas.

Je pense que mon idée principale sur la prostitution était de me dire que si c’était leur choix, et non sous la contrainte, si c’était dans de bonnes conditions, et non sur un tronc du bois de boulogne, alors pourquoi pas. Chacun est libre de gagner sa vie comme il l’entend après tout.
Bref, tout ça pour dire, qu’alors que je m’attendais à y être confronté frontalement en Thaïlande, c’est finalement au Cambodge que je l’ai vu de plus près.

Nous sommes arrivés il y a quelques jours sur l’île de Koh Rong, une île déserte encore assez préservée du tourisme de masse et des constructions bétonnées.
Le sable est blanc, l’eau est turquoise et les guesthouses sont des petits bungalows en paille, bref un coin de paradis terrestre.

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Sur les conseils d’un ami, nous nous installons à Monkey Island, une palmaillotte à une dizaine de mettre de l’océan. Nous nous accordons quelques jours de repos et de calme après le tumulte des bus chinois aux temples d’Angkor.

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Objectif principal de notre séjour : faire le pancake au soleil pour se colorer façon chicken wings, manger des pousses de bambous pour contrer le régime bière pizza de la ville précédente et retravailler nos photos pour faire une jolie rubrique sur le site.
Trois jours plus tard je peux vous dire que nous n’avons atteint aucun de ces objectifs, puisque le pancake s’est transformé en homard, le bambou en pâtes quatre fromages, et le site a dû être remis à plus tard pour cause d’absence de prises électriques sur l’ilôt paradisiaque. Mais là, je m’égare.

temple angkor wat

Tout a commencé le jour de notre arrivée sur l’île. Après nos douze heures règlementaires de bus de nuit, et comme souvent une traversée en bateau, nous voilà contraints de parcourir 300 mètres sur la plage, paquetage sur le dos, pour atteindre la guesthouse.
Entre la chaleur du sable, et celle du soleil, je me fend d’une crise d’empathie pour les paninis qui sont soumis à ce suplice quotidiennement.
Vidée par l’effort physique incommensurable de cet épopée, je m’avachie, façon lamentin, sur mon paréo pour recharger mes batteries.
Trop épuisée pour effectuer la moindre activité physique, ou intellectuelle, il ne me reste plus qu’à me livrer à l’une de mes activités favorites, le matage de badauds.
Mon œil alerte se pose alors sur un groupe dès plus dépareillé et rempli de promesses.

Longbeach koh rong

Le groupe est composé d’un homme russe d’une cinquantaine d’années, à la ressemblance frappante avec Crocodile Dundie, et deux jeunes russes, que l’on pourrait identifier comme les fils cachés, et puceaux, de Vladimir Poutine. Bref, je les imagine fort bien, tous les trois, chasser l’ours, torses-nus dans les steps glacées de Sibérie. Trois russes n’étant jamais seuls, voilà que j’apperçois trois cambodgiennes avec une absence de short leur tourner autour.
L’absence de short est un indice notoire pour une cambodgienne, puisqu’il faut savoir que la cambodgienne « de base » se ballade, malgré les 45 degrés Celsius, avec un jeans, des chaussettes sous ses tongs, un col roulé et la plupart du temps une cagoule en supplément.
L’absence de short semble donc indiquer un potentiel plutôt élevé de prostitution dans le groupe.

Alors que le petit groupe se dirige vers l’océan pour faire plus ample connaissance, je décide moi aussi de rouler ma couenne jusqu’à l’eau pour parfaire mon observation.
Visiblement, il n’y a plus de doute. Les cambodgiennes se retrouvent rapidement sans culottes, et je me retrouve rapidement forcée de m’en retourner vers le rivage si je ne veux pas assister à un coït Russo-Khmer des plus imminents. Sans compter sur les risques de me retrouver séquestrer dans une vague de semance de la descendance de Poutine.
Sans gène jusqu’au bout des ongles, les ruskovs n’hésitent pas à laisser leurs cannettes de bières directement dans la mer, accroissant ainsi mon désir de leur ascener un coup de bambou sur le casque.

Prise de nausées, je décide d’arrêter là mon observation du jour, tout en me questionnant sur la législation de la prostitution au Cambodge. C’est tout de même un pays plein de contradictions : si un homme non marié couche avec une femme il peut aller en prison pour 18 ans, mais pour les prostituées, pas de soucis !

Pour le petit fait culturel, l’apparition de la prostitution au Cambodge date de l’arrivée des casques bleus de l’ONU à Pnom Phen en 1975. Tous ces militaires, la fleur au fusil, lâchés dans une ville asiatique auraient dépensé près de 100 millions de dollars en argent de poche sexuel.
Les femmes étaient alors grassement payées, comparativement au salaire locale, et les pères se sont mis à mettre leurs filles sur le marché.

Revenons en à nos moutons. Le lendemain matin nous nous rendons dans le cabanons principal pour dévorer un bol de muesli mangues gargantuesque lorsque, surprise, qui se trouve à la table juste à côté ? Crocodile Dundee et ses deux acolytes, accompagnés de deux nouvelles petites cambodgiennes.
Je remarque alors la présence d’un autre nouveau personnage dans ce groupe atypique. Un petit Khmer rondouillard, à la moustache finement taillée et vêtu d’une chemise hawaïenne très largement ouverte sur son torse gras.
Il s’agit du maquereau, le Tony Montana du Cambodge, le magnum de la prostitution, le recruteur de courtisanes.
Sans gêne aucune, les hommes du groupe échanges des dollars avec le mac, qui indique ne pas encore connaître le prénom des filles de joies du jour. Croco demande si elles sont habituées, parce que c’est ennuyeux, les nouvelles sont toujours effrayées au début – seconde crise de nausée.
Et voilà, la même journée recommence encore et encore, à base de bières, de fessées khmer et d’attouchements publics en tous genres.

Voilà, il n’y a pas vraiment de fin à cette histoire, et je ne sais pas si elle est très intéressante, mais j’ai du mal à savoir ce que j’en pense.
Certes je peux comprendre la facilité pour ces filles qui vivent sur une île semi déserte de gagner « facilement » des dizaines, voir des centaines de dollars en quelques heures. Je viens d’ailleurs de commencer une nouvelle série – The girlfriend expérience – sur des jeunes étudiantes en droit qui deviennent call girls de luxe et facturent environ 3 000€ la soirée…
Alors oui, ça fait réfléchir sur les motivations des uns et des autres.
Mais malgré tout, je crois que j’ai beaucoup de mal à comprendre ces vieux russes répugnants, qui s’affichent sans gêne pénis et dollars au dehors comme si c’était les maîtres du monde.

Et pour moi finalement, c’est eux les putes !

5 réflexions sur “Pute Pute Pute

  1. Chzntal dit :

    Et Oui la prostitution est un vaste débat , à ce sujet je te conseille le livre que je t’ai envoyé : les putes voilées n’iront pas au paradis » c’est bien affreux aussi la condition des putes en iran!!

  2. Joelle dit :

    Ah ça m’intéresse aussi le livre en question. Et oui derrière tout cela se pose toujours la même question. Pourquoi la prostitution ? Est-ce vraiment un choix ou pas ? A partir du moment où la survie est en jeu ou qu’il y a un ascendant social sans scrupule (le père qui vend ses filles… ou ses garçons !) et des clients sans scrupule également , l’histoire du choix de vie n’entre plus du tout en ligne de compte.
    Et on peut aussi se demander pourquoi c’est le métier le plus vieux du monde ! L’humain est un être complexe.
    Merci Helena pour cet article qui nous fait réfléchir

  3. Cam dit :

    Merci Helena pour cet article bien triste , je vai m’empresser de lire le livre conseille par Chantal .
    Dans tous les pays émergents on rencontre ce type de prostitution .
    Bises à vous

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