Le péril fécal

Mes chères fougères, nous avons dû vous abandonner quelques temps suite à une aventure des plus malencontreuses envers ma personne. Nous avons quitté le Cambodge il y a maintenant deux semaines pour nous diriger vers Java, l’île principale indonésienne, et rejoindre deux camarades, Roger et Alex, aussi surnommés les Knacks, pour continuer notre périple.

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L’aventure s’annonçait donc des plus festive et amicale mais le sort en a décidé autrement. À peine arrivée à Jakarta dans notre auberge de transit que me voilà prise d’une soudaine envie de prendre une douche bouillonnante, et ce, malgré la température extérieure proche des deux milles degrés.

De retour dans notre chambrée s’en suit une envie frigorifique de climatisation extrême de type glace pillée. L’alternance de bouffées de chaleur me fait hésiter entre la ménopause et la fièvre. Etant encore à quelques décennies de la cinquantaine j’opte pour la fièvre et décide d’effectuer un planté anal à l’aide de notre thermomètre médical pour vérifier mon hypothèse. Le couperet tombe, 39.7, c’est bien la fièvre. Je me demande alors quelle maladie tropicale j’ai bien pu attraper.

Pour ceux qui me connaissent, il faut savoir que je suis plutôt chanceuse pour attirer les bactéries les plus improbables de la planète. Je m’imagine déjà dépérir d’une méningite birmane ou d’un typhus lao et commence sur-le-champ la rédaction de mon testament. Comme je n’ai rien, la tâche est plutôt rapide : je lèguerai mon backpack à Thib qui pourra sûrement tirer quelques deniers de mes sous-vêtements Primark.

S’en suit une semaine de type fiévreuse de laquelle j’ai un souvenir plutôt trouble. Les Knacks et Thib me trimbalent sur l’île de Java de ville en île, d’avion en tuk-tuk, pour que nous puissions tout de même continuer notre périple au programme millimétré. Il faut préciser que les Knacks sont plutôt de type allemands sur l’organisation de voyage, elles nous ont préparé un superbe programme mais du coup nous n’avons pas le temps de traîner. Après 4 jours de fièvre continue, nous décidons tout de même de tester un hôpital local pour écarter les maladies potentiellement mortelles.

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Direction l’hôpital de Yogyakarta, la seconde plus grande ville de l’île de Java. Je suis reçue par un médecin qui doit bien avoir 14 ans et le brevet des collèges, et en lequel je n’ai donc absolument aucune confiance. Je lui explique tout de même mes symptômes et il est rapidement rejoint par un médecin majeur. Celui-ci ne demande aucunement mes symptômes et me propose une prise de sang en me demandant de cocher les analyses que je souhaite faire… Il est effectivement des plus logique que je choisisse moi-même sur une liste interminable, rédigée en indonésien, les bactéries et virus que je pourrai potentiellement avoir. J’ai comme l’impression de jouer à l’euro million version morbide en cochant les petites cases du feuillet.

Dix-huit litres de sang plus tard, je montre l’analyse au docteur, qui me regarde hilare en m’indiquant que je n’ai rien et en me conseillant de ne pas manger de nouilles (ce qui ne me laisse globalement uniquement la possibilité de me nourrir de riz…) Ma confiance en son diagnostic proche de zéro s’amenuise encore lorsqu’il m’indique que la fièvre peut durer plus d’une semaine. Je repars donc bredouille, traiter tel Argan l’hypocondriaque [ndlr : le malade imaginaire].

Au bout d’une semaine dans cet état fiévreux stationnaire ou chaque mouvement est une épreuve Koh Lantesque, nous partons sur une île désertique afin d’augmenter mes chances de décès. Pour continuer dans l’hilarité, nous décidons de nous rendre au dispensaire local pour tenter d’identifier de nouveau cette maladie de type persistante.

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Lorsque je parle de dispensaire, je pense que comparativement, la petite chambre de Docteur Quinn Femme médecin est un hôpital technologique de pointe. Le docteur est en train de dormir face contre le bitume à notre arrivée. Lorsqu’il sort le tensiomètre préhistorique, l’hilarité me gagne et je ne place plus aucun espoir en son aide. Après moultes conseils fort utiles de ma belle-famille toubib, nous décidons un rapatriement vers Bali, île sur laquelle se trouve potentiellement un hôpital digne de ce nom. Nous trouvons effectivement une clinique « digne de ce nom » mais surtout, digne de notre carte gold. Cette fois le médecin choisit lui-même les analyses, ; je le sens je vais enfin pouvoir guérir !! Quelques heures plus tard, le diagnostic de mon hémoglobine tombe enfin, c’est la fièvre typhoïde.

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Après une recherche express sur le site de l’institut pasteur, la joie me gagne en apprenant que cette maladie s’attrape après avoir ingéré, involontairement je le précise, de la matière fécale humaine, et qu’elle est également surnommée … le péril fécal ! Je me remémore alors avec émotion mes derniers repas au Cambodge … saupoudrés de cette délicieuse bactérie.

Bref, mis à part le dégout violent que m’inspire la fécalité de cette maladie, je suis heureuse de savoir que je serai rétablie après un petit traitement antibiotique d’une semaine, soit que nenni. Après avoir déboursé des millions de roupies je remercie le firmament d’avoir opté pour une assurance de voyage.

 

Voilà, vous connaissez maintenant toutes nos aventures, qui à défaut d’être palpitantes, vous mettrons surement en appétit de repas asiatico-excrémentiels.

From Bali, with love,

3 réflexions sur “Le péril fécal

  1. Léa dit :

    Mince alors tu aurais du me demander! Quand j’étais au Laos un gars avec qui je voyageai a eu exactement la même chose… Tu aurais pu cocher les bonnes maladies chez le premier médecin aussi!
    Enfin bon contente de voir que ça va quand même!
    Bon riz et bonne suite de voyage!

  2. Flanchon dit :

    Encore un article des plus surprenants et qui vient me remémorer tout nos bons moments ensemble au Cambodge , de type Jungle principalement 🙂 Je suis désolé pour toi d’avoir vécu ses nombreuses heures angoissantes mais tu peux apprécier d’autant plus le paradis dans lequel vous vous trouvez aujourd’hui, de type Villa 8 étoiles. La question qui me turlupine est  » Est ce que Rahan était aussi sorcier dans ses heures perdues ? Aurait il décidé à la suite de ton article de type Jungle , de te punir pour avoir révélé à la presse son coming out avec Johnny ? Nous pouvons toucher du bois avec Thib , de type Bambou et je croise les doigts pour que tu n’aies plus la moindre seconde à passer dans un de ses hopitaux de type peu certifiés. Grosses Bises de type amicales

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