La soufrière

Qui dit Indonésie dit volcan. Je n’ai rien contre les volcans, je trouve ça plutôt joli dans le paysage, ça me rappelle les bouteilles de Volvic Citron que j’engloutissais adolescente. Je les aime bien, mais de loin, dans les nuages ou sur Nat Géo. Mais comme ce n’est pas moi qui ai organisé ce voyage mais les Biscuits, notre couple d’amis à tendance hyperactive, les volcans font partis du voyage ; un point c’est tout ! Ils ne sont pas dans le décor, non, ils sont dans le programme. C’est-à-dire qu’il m’est dû de les gravir. Certains d’entre vous connaissent mon amour pour les activités physiques et mon handicap pulmonaire mineur ; il s’agit pour moi d’un moment de torture organisé. D’une mutinerie visant ma perte.

Notre premier volcan se situe sur l’île de Java, l’ile principale de l’Indonésie, et s’appelle le mont Ijen. Pour le gravir, comme si la souffrance de l’ascension ne suffisait pas, il faut se lever à minuit trente, faire l’ascension de nuit, posséder un masque à gaz pour ne pas défaillir de l’odeur de soufre (similaire à une odeur d’œuf moisi), et posséder une arme de type perche selfique, pour se frayer un chemin parmi les chinois en rut. Tout un programme.

Commençons par le commencement. Sonnerie de réveil, 00h30, ce n’est pas une erreur, c’est l’heure du levé. Autant vous dire qu’à cette heure-ci je suis dans le même état que lorsque je fais une pause pipi nocturne. C’est-à-dire que je sens que ce n’est pas la bonne heure, qu’il me faudrait encore potentiellement 8h de sommeil pour être de bonne humeur, et 48h pour être dans la capacité mentale d’envisager l’ascension d’un sommet de type volcanique.

J’engloutis trois brioches farcies à la crème pour me donner du courage et nous partons pour le pied du volcan. Après une route en épingles à cheveux dans la jungle, nous arrivons au point de départ de cette nuit de torture. Il fait nuit noire, dix degrés Celsius (soit 20° de moins de tout ce que je connais depuis 6 mois), et le chauffeur nous distribue des masques à Gaz dignes de la série Breaking Bad.

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Je suis partagée entre l’envie de déserter et celle de rester faire la sieste dans le 4×4 de notre guide. Entrainée par la pression du groupe, je me retrouve en piste malgré moi.

La seule chose qui me maintient debout est la nuit qui m’empêche de voir le dénivelé abrupt et le reste du chemin interminable. Je suis à deux doigts de continuer l’ascension en moonwalk arrière pour me faciliter la tâche. Au fur et à mesure de la montée les vapeurs d’immondices à l’œuf deviennent de plus en plus irrespirables ; je m’équipe donc tel Heisenberg pour surmonter l’environnement d’anus de poney malade.

Parce que je suis quelqu’un de chanceux, il se trouve que j’ai choisi le masque à gaz avec un orifice bouché. Heureusement, mon Lardon Adoré se sacrifie et m’offre sa cagoule à vapeur.

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Après quelques heures de marches et une bonne suée, nous arrivons au sommet du cratère par un miracle que je ne saurais décrire.

La particularité du Mont Ijen, mis à part son odeur particulière, ce sont les immenses flammes de gaz bleues qui s’échappent du cratère pendant la nuit. Et rien que pour ça, ça valait la peine de se faire brusquer par les Biscuits. Je regrette juste de ne pas avoir de chamallows sous la pince pour les faire griller dans le brasier.

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Vers 6h, le soleil se lève sur le lac du cratère et nous offre une vue à couper le souffle dans les vapeurs mystérieuses du volcan. C’est aussi le moment où les porteurs de soufre commencent leur dur labeur. Là où ma pauvre personne avait du mal à se porter elle-même jusqu’en haut du cratère, eux passent la journée à porter des paniers de 80kg de souffre vers le sommet, le tout en claquette. On s’y reprendra à deux fois avant de se plaindre de nos gagne-pains.

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A peine l’épreuve terminée les Biscuits m’apprennent qu’Ijen n’était qu’un petit entraînement, une broutille de 500 mètres de dénivelés avalée en une paire d’heures … La broutille m’a déjà semblé insurmontable.

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Mais demain, demain c’est le Big Deal. Demain c’est le Mont Rinjani, 3 jours de marche, 8h et 1 600 mètres de dénivelés dès la première journée, ça calme ! Alors voilà, je ne suis pas sure d’en revenir, mais si c’était le cas, je vous promets un délicieux article pour partager ma souffrance. En attendant j’espère secrètement me faire piquer par une araignée mutante pendant la nuit pour me transformer en super-héros.

Bon courage à tous avec le déluge en cours, profitez-en pour vous acheter une belle petite paire de boots à fleurs.

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4 réflexions sur “La soufrière

  1. Joelle dit :

    Sympa les masques à gaz. C’est super pour les manif gazo lacrymogènéisées comme il y en a plein en ce moment dans nos belles contrées.
    Accroche – toi Hélèna et dis – toi que quand tu seras vieille tu pourras raconter tout ça à tes petits enfants le soir à la veillée

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